16 septembre 2010 – Montréal – Discours prononcé par Sylvain Lafrance, Vice-président principal, devant la Jeune Chambre de commerce de Montréal.
Je suis très content d’être ici avec vous ce soir. D’une part, c’est toujours très agréable de rencontrer des jeunes gens dynamiques comme vous. C’est aussi intéressant parce que vous êtes du milieu des affaires, et cela nous ramène un peu à la « double personnalité » de Radio-Canada, qui est un service public, comme vous le savez, mais dont 40 % du financement vient de revenus autogénérés. Il y a donc là un apport important de la part des partenariats d’affaires que nous avons.
Je suis content aussi, parce que nous sommes à Montréal. Pourquoi? On parle souvent de Radio-Canada et de son mandat national, mais pas assez souvent de sa présence à Montréal, ville de culture et de création. Je suis absolument convaincu que beaucoup d’entre vous sous-estiment toute la création qui se fait chez nous. Vous connaissez sans doute la tour de Radio-Canada, mais saviez-vous qu’elle ne représente que 17 % de toute la superficie que nous occupons sur le boulevard René-Lévesque? Il y a donc 83 % de l’espace occupé par Radio-Canada qui est sous la terre, où l’on retrouve d’immenses studios de radio et de télévision répartis sur trois étages et couvrant environ trois pâtés de maisons et où 1 000 personnes travaillent jour et nuit.
Chaque année, on produit dans ces studios environ 9 000 heures d’émissions de télévision, 21 000 d’émissions de radio et des milliers de sites web et d’applications destinées au web et au mobile. Cela fait de la tour de Radio-Canada à Montréal l’un des plus importants centres de production multimédia, et ce, en Amérique du Nord! Parce que les grands réseaux américains sont souvent très décentralisés, alors qu’à Radio-Canada, tout est regroupé : radio, télévision et Internet. Tout cela se fait avec l’aide de centaines, sinon de milliers de comédiens, artistes, musiciens, auteurs, réalisateurs et producteurs qui viennent travailler chez nous, dans la tour de Radio-Canada.
Donc, quand on parle de Montréal, ville de création, Radio-Canada joue un rôle extrêmement important dans cette économie de la culture, avec entre autres ce centre de création extraordinaire qu’est la tour de Radio-Canada.
Maintenant, si on regarde un peu ce qui nous attend à Radio-Canada au cours des prochaines années, je dirais qu’il y a trois grands défis que nous devrons relever. Le premier défi, qui touche d’ailleurs l’ensemble du monde des médias, c’est celui du modèle d’affaires. On doit se demander constamment comment faire évoluer notre modèle d’affaires dans l’environnement actuel, surtout que, comme je vous le disais, 40 % du budget de Radio-Canada vient de revenus autogénérés. Même si une grande partie de ces revenus viennent encore de la publicité que nous vendons à la télévision et sur nos sites web, on voit une baisse constante des investissements publicitaires à la télévision généraliste depuis plusieurs années, ce qui nous a amenés à réfléchir sur l’avenir d’un modèle d’affaires qui dépendrait trop de la publicité. C’est pourquoi on a mis en place l’an dernier une nouvelle stratégie qui nous permettra de diversifier nos revenus autogénérés. On travaille donc étroitement avec le milieu des affaires pour construire un modèle économique qui serait un tant soit peu durable pour Radio-Canada.
Le deuxième défi, le cœur du réacteur en quelque sorte, est bien sûr celui de la programmation. Au niveau des programmes, ce qui est de plus en plus clair pour nous, c’est qu’il faut proposer des médias qui seront de plus en plus distinctifs. Cela veut dire que, peu importe la plateforme que vous choisissez pour regarder ou écouter un contenu de Radio-Canada, vous devez pouvoir reconnaître l’esprit du service public. Je pense qu’en regardant les grilles que nous avons lancées il y a quelques jours, vous serez aussi convaincus que moi que Radio-Canada propose déjà du distinctif. À la Télévision, avec la quantité de dramatiques originales que nous diffusons, avec la quantité d’émissions d’information et d’affaires publiques que nous présentons aux heures de grande écoute, nous sommes très distinctifs. Quand vous écoutez la Radio de Radio-Canada, vous reconnaissez tout de suite sa nature très distinctive, par son contenu, mais aussi parce qu’elle a un son qui est complètement différent des radios privées. Nos sites web sont aussi très distinctifs… TOU.TV, par exemple, est une webtélé qui regroupe les télévisions publiques de langue française au Canada et un grand nombre de télévisions publiques francophones de partout à travers le monde. On en est très fiers, puisque cela donne à TOU.TV une offre unique de webtélé. ARTV, RDI et Radio Canada International sont aussi des médias hautement distinctifs. Donc, nous sommes déjà très distinctifs et on doit continuer à offrir du distinctif.
On devra aussi accompagner les Canadiens dans l’ère numérique. On n’est pas là que pour faire de la radio et de la télévision, mais aussi pour produire des contenus, de l’identité culturelle, de la cohésion sociale et de la démocratie et on doit le faire sur toutes les plateformes que les Canadiens veulent voir. Là -dessus, nous avons eu une belle réussite avec le lancement de TOU.TV et nous en sommes très fiers. Jusqu’à maintenant, TOU.TV est une belle et grande aventure pour nous, puisque nous avons largement dépassé tous nos objectifs de départ. C’est aussi une réussite de planification d’affaires, parce que nous avons créé une marque qui s’est imposée rapidement. En un mois, les gens connaissaient TOU.TV. Ils ont rapidement compris ce que cela veut dire et ce qu’ils retrouveraient sur TOU.TV. D’ailleurs cette année, nous allons passer à la mobilité. Nous allons donc continuer de développer les nouvelles plateformes pour amener le Canada encore plus loin dans l’ère numérique.
Le troisième défi, qui occupe une place importante dans notre stratégie, c’est la marque. La marque Radio-Canada doit continuer d’être forte et distinctive, surtout dans un environnement où il y a de plus en plus de médias et de plus en plus de plateformes. Parce que, plus y a de médias, plus il y a de fragmentation, plus il y a de sites web pour diffuser des contenus, plus il y a des chaînes spécialisées, plus il devient primordial d’avoir une marque forte qui véhicule les valeurs de qualité et de crédibilité du service public. Gérer la cohérence de la marque n’est pas quelque chose de simple dans une grande organisation comme la nôtre, parce que l’on produit chaque jour des centaines, sinon des milliers d’heures de radio et de télévision, des pages web, des radios et des télévisions régionales, des chaînes spécialisées, etc. Notre travail porte ses fruits puisque, depuis cinq ans, on voit notre marque progresser de façon très intéressante à travers différentes études qui sont menées partout dans l’industrie. Nous avons créé une marque forte, capable d’agir sur l’ensemble du territoire canadien.
Alors si, quand je me couche le soir, je sens que Radio-Canada a contribué à améliorer la vie démocratique et culturelle des Canadiens, je suis assez content. On contribue à la vie démocratique en diffusant à notre antenne des émissions d’informations qui permettent de comprendre les grands enjeux de notre époque, ce qui extrêmement important pour notre société. On contribue aussi à la vie culturelle par la création de grandes dramatiques, d’émissions de variétés et de magazines culturels qui nous permettent de voir et d’entendre des histoires qui nous ressemblent, racontées par nos artistes et qui reflètent nos valeurs.
Évidemment, il faut tenir compte de tous les changements qui sont survenus ces dernières années, parce que, aujourd’hui, la façon dont on vit la culture et la façon dont on vit la démocratie sont relativement différentes d’il y a une vingtaine d’années. Aujourd’hui, si vous êtes fan d’un groupe de musique, par exemple, vous pouvez créer votre propre site web et rejoindre d’autres fans un peu partout dans le monde. Avec Facebook et Twitter, vous pouvez faire la promotion d’une cause et avoir des amis de partout qui viennent vous appuyer. Donc, la façon de vivre la démocratie a beaucoup changé pour nous et pour tout le monde. Dans ce contexte, quels outils donne-t-on aux citoyens pour mieux vivre dans cette démocratie? En culture, c’est la même chose. Face à une culture qui a complètement changé, notamment avec la mondialisation et les mouvements internationaux d’immigration, on a plus que jamais besoin, au XXIe siècle, d’outils de communication puissants qui nous permettent d’échanger, de créer une identité culturelle et, au fond, de créer une conversation afin d’avoir une meilleure cohésion sociale. Ça, à Radio-Canada, c’est notre métier, face à ces changements, de créer une conversation, une identité culturelle et, au bout du compte, de favoriser une plus grande cohésion sociale.
Dans le fond, si je peux me permettre de citer Sylvain Lelièvre, « on fait tous un peu le même ouvrage ». On se retrouve dans une sorte de cercle vertueux entre le milieu des affaires, le milieu de la culture et le milieu des médias, puisque nous avons tous un rôle à jouer pour que le monde vers lequel on se dirige soit un monde qui ait un tant soit peu de cohésion et un tant soit peu de compréhension mutuelle. L’apport du milieu des affaires est extrêmement important dans cette dynamique, parce que, sans les gens d’affaires, les entreprises culturelles ne pourront accomplir leur mission et les médias ne pourront pas non plus accomplir cette mission importante. Alors, à mon avis, il y a un cercle vertueux, puisque l’on est tous liés un peu, et on doit travailler ensemble pour améliorer le monde dans lequel on vit.
Dimanche prochain, ce sera la soirée des prix Gémeaux. On retrouvera à la Place des Arts tous les partenaires de l’industrie de la télévision : producteurs, diffuseurs et organismes de financement. C’est intéressant, parce que l’on célébrera ce soir-là les 25 ans des Gémeaux. Je vous invite à regarder le gala, parce que c’est important de se rappeler que la télévision, de toutes les industries culturelles, est celle qui a le plus fort impact et qui est la plus créatrice d’identité collective. Quand on est 1,5 million à regarder Tout le monde en parle ou même 2 millions à regarder Le banquier, quand on peut rassembler autour d’émissions un ou deux millions de citoyens, quel que soit le réseau, on crée de la conversation et de la cohésion. La télévision joue donc un rôle extrêmement important pour l’identité culturelle et la cohésion sociale.
J’aimerais terminer en vous lançant une invitation, plus personnelle cette fois. Au nom de Radio-Canada, j’aimerais vous inviter, les membres de la Jeune Chambre de commerce, à venir visiter la Maison de Radio-Canada. Nous vous préparerons une visite un peu spéciale pour vous faire voir ce qui se passe en arrière-scène dans l’école de Virginie et dans L’auberge du chien noir, par exemple. Je vous invite à venir nous voir dans la tour de Radio-Canada. Vous verrez, il se passe des choses extrêmement intéressantes et je suis convaincu que vous découvrirez des choses que vous ne soupçonniez même pas.
Encore une fois, je vous remercie de votre invitation à prendre la parole devant vous ce soir et je vous souhaite une bonne soirée. Merci.
