Des nouvelles de Radio-Canada

Allocutions

Conseil international des radios-télévisions d’expression française

26 novembre 2005 – Bordeaux 

Discours de Sylvain Lafrance, Vice-président principal de Radio-Canada, au Conseil international des radios-télévisions d’expression française (CIRTEF) – SEFOR 2005Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire général, 
Chers amis,C’est toujours pour moi un grand plaisir de retrouver ce forum dont l’importance stratégique ne cesse de s’accroître, alors qu’un environnement culturel et médiatique en pleine explosion interpelle chaque jour davantage les diffuseurs publics de tous les continents. 

Il y a un mois à peine, les pays membres de l’UNESCO ont adopté à une immense majorité la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Quelque 150 pays de toutes les langues et de tous les continents ont clamé haut et fort que leur culture n’était pas une marchandise comme les autres. Cette convention est l’expression d’une volonté universelle. Chaque peuple considère avec raison que sa culture doit non seulement être préservée, mais qu’il faut se donner les moyens de la développer et de la partager avec les autres.   

Pour que ces principes admirables s’inscrivent dans la réalité quotidienne de nos populations, il y a beaucoup de travail à faire, pour ne pas dire une longue bataille à livrer. Mais ce n’est qu’au prix de ces efforts que chacun pourra garantir son identité pour l’avenir.  

Tous comme moi, vous reconnaîtrez cette évidence : les chaînes publiques de radio et de télévision doivent être l’instrument privilégié de cette mission. À dire vrai, elles sont les seules qui peuvent y adhérer totalement.   

En effet, par leur mandat et leur nature, les chaînes publiques ont comme principale mission d’enrichir la vie culturelle et démocratique de leur milieu. Ce sont des services publics qui s’adressent à des citoyens. Les chaînes privées peuvent aussi jouer un rôle au plan culturel, mais celui-ci est subordonné à leur motivation première et légitime, qui en est une de rentabilité. Ces chaînes sont liées intimement aux lois du marché. Elles s’adressent à des consommateurs.   

Leur réussite se mesure donc en volume d’auditoires et en revenus commerciaux. Leur défi consiste à offrir au public ce qu’il veut le plus efficacement possible. La culture nationale les intéresse dans la mesure où elle peut être rentable, un point c’est tout.   

C’est pour cette raison que, dans tous les pays, les radios commerciales passent et repassent inlassablement les mêmes tubes. La pression de la culture dominante anglo-américaine et de l’attrait considérable qu’elle exerce sur la majorité des gens y sera toujours très forte pour ne pas dire irrésistible. Il n’est pas surprenant que les expressions émergentes des cultures nationales y trouvent moins leur place.   

Adopter la convention de l’UNESCO sur la diversité culturelle pour ensuite laisser les holdings qui contrôlent les diffuseurs privés soumettre la culture aux lois du marché et du commerce international serait un non-sens manifeste.   

S’adressant à des citoyens plutôt qu’à des consommateurs, les chaînes publiques doivent plus que jamais offrir aux gens des contenus distinctifs qui sont susceptibles d’atteindre de vastes auditoires, mais qui ne se limitent pas aux goûts du jour, qui ouvrent de nouveaux horizons, qui donnent accès à une expression plus large de la culture nationale et internationale.   

Les chaînes publiques sont aussi les chaînes généralistes le plus à même de faire une place considérable à l’information et au débat public. On parle ici d’une information de qualité, libre de pressions commerciales, politiques ou partisanes. 

Malgré ces responsabilités croissantes, les chaînes publiques évoluent dans un environnement sans cesse plus exigeant. 

Si vous le permettez, je vais un peu vous parler de nous, mais à travers l’exemple de Radio-Canada et de son contexte, vous allez sûrement reconnaître des défis auxquels vous êtes régulièrement confrontés.   

Le système canadien de radiodiffusion est un système mixte dans lequel des chaînes de radio et de télévision publiques sont en concurrence avec des chaînes privées. C’est d’ailleurs une formule qui prévaut maintenant dans un grand nombre de pays.   

Voisin immédiat des États-Unis, le Canada est depuis longtemps confronté aux questions d’identité culturelle qui sont désormais partagées à la grandeur du monde, et c’est expressément dans ce contexte qu’a été fondée la Société Radio-Canada en 1936. Aujourd’hui, Radio-Canada opère, en français et en anglais, une télévision généraliste, un réseau d’information télévisée, deux chaînes de radio et un site Web, ainsi qu’une radio internationale et diverses autres chaînes spécialisées.   

La situation qui prévaut au Canada anglais illustre très bien l’exemple que je citais plus haut sur la différence fondamentale des réseaux privés et publics. Au Canada anglais, les deux grands réseaux privés de télévision diffusent majoritairement des émissions américaines plus populaires auxquelles les gens auraient de toute manière accès à cause de la proximité des frontières. Seule Radio-Canada diffuse une programmation essentiellement canadienne et, même si sa part de marché est moindre, on aura compris la place centrale qu’elle doit jouer si l’on veut préserver les traits sociaux et culturels qui distinguent les Canadiens des Américains.   

Si la barrière de la langue rend les assauts moins directs au niveau du Canada français, il n’en demeure pas moins que la défense de la culture francophone dans une mer anglo-saxonne représente aussi un défi colossal. Ce défi est accentué du fait que notre population est disséminée sur un pays aux dimensions d’un continent, même si quelque 90 % des francophones vivent au Québec.     

La proximité du géant américain et de ses toutes puissantes industries culturelles pose un autre problème au diffuseur public canadien : celui de défendre son existence même. Aux États-Unis, le monde de la radiodiffusion, comme presque tous les autres secteurs d’activité, est essentiellement l’affaire de l’entreprise privée. Les réseaux publics de radio et de télévision doivent une grande part de leurs ressources à des fondations privées et à d’inlassables campagnes de financement. Au Canada, certains milieux économiques et politiques considèrent qu’il s’agit d’un modèle à suivre. Il fait assurément rêver les consortiums privés qui détiennent déjà la majorité des parts de marché de la radio et de la télévision dans notre pays. Il inspire aussi des lobbys importants qui font sans cesse pression sur l’État pour qu’il réduise le financement public de Radio-Canada. Le message claironné, particulièrement du côté de la télévision, est que le financement public est une source de concurrence déloyale, et ce, même si Radio-Canada doit assumer une multitude de responsabilités très coûteuses allant du maintien des services de télévision en régions éloignées au déploiement de correspondants à l’étranger.   

L’environnement concurrentiel de la télévision est d’ailleurs devenu absolument féroce. D’une part, on assiste à une explosion de l’offre générée par le développement de la câblodistribution et de la distribution par satellite. Les canaux spécialisés se multiplient et leur part de marché combinée ne cesse de s’accroître. Elle représente maintenant plus du tiers de l’écoute des francophones dans notre pays, ce qui explique en grande partie la baisse de l’auditoire de la Télévision française de Radio-Canada. D’autre part, nos compétiteurs se sont intégrés à de puissants ensembles qui misent sur la convergence de leurs activités dans plusieurs secteurs. Ainsi, la principale chaîne privée dans le marché francophone canadien, le réseau TVA, appartient à la société Quebecor Media, qui contrôle les quotidiens populaires au plus fort tirage, qui exerce un quasi-monopole sur la presse artistique, sans parler d’une place prépondérante dans le monde de l’édition et de la distribution au Québec. Vous connaissez sans doute l’autre versant de Quebecor Media, Quebecor World, le géant mondial de l’imprimerie qui est présent à peu près partout sur la planète.   

L’évolution technologique pose aussi des défis considérables avec l’arrivée progressive de la radio par satellite et la conversion prochaine de la télévision à la haute définition.   

Ce contexte impose une exigence à tous les services français de Radio-Canada : celle de définir avec la plus grande force notre personnalité spécifique et notre nature de service public, tout en gardant un contact étroit avec la population. Nous savons que nous représentons un service essentiel, mais nous avons l’obligation de le prouver jour après jour.   

À la radio, nous avons relevé avec succès plusieurs défis technologiques qui se sont présentés à la fin des années 90. Je citerais la numérisation de notre production, le passage de nombreuses fréquences de la bande AM à la bande FM et l’expérimentation d’une nouvelle technologie de diffusion, le DAB. Nous avons aussi opéré un changement fondamental au niveau de notre offre. Nous avons choisi de concentrer tous les contenus parlés d’information et de culture sur la Première Chaîne et de créer Espace musique, une chaîne exclusivement consacrée à toutes formes d’expression musicale qu’on retrouve peu sur les chaînes privées : classique, jazz, musiques du monde et chanson française.   

Tous ces changements se sont articulés autour de la défense de trois grands axes : favoriser l’ouverture sur le monde, s’enraciner plus profondément dans les diverses régions du pays et promouvoir le développement du talent à tous les niveaux. Les résultats ont été à la mesure de nos efforts, et la radio publique connaît présentement, de façon globale, la plus grande écoute de son histoire. Alors que l’univers de la radio semble appelé à de nouveaux développements, notamment par la voie du satellite et du Web, la Radio française de Radio-Canada est en bonne position pour tirer son épingle du jeu.   

Pour sa part, la Télévision de Radio-Canada consacre plus de temps que quiconque aux émissions d’information. Cette saison, c’est 43 heures par semaine, soit plus qu’à tout autre moment de notre histoire et deux fois plus qu’il y a vingt ans. Radio-Canada offre notamment dix magazines d’affaires publiques touchant aux secteurs d’intérêt les plus divers : science, société, affaires nationales et internationales, spiritualité, alimentation, ou consommation… On en compte deux ou trois tout au plus chez tous nos compétiteurs réunis.   

La Télévision de Radio-Canada joue aussi un rôle de premier plan dans le secteur des dramatiques en étant le réseau qui diffuse chaque année le plus grand nombre de séries originales de fictions produites au Canada, généralement par des maisons indépendantes. Les dramatiques de Radio-Canada se démarquent notamment par l’audace et l’originalité tout en faisant plus de place aux jeunes créateurs et interprètes.   

De plus, la Télévision de Radio-Canada se veut un partenaire à part entière de l’industrie cinématographique. Elle a apporté une contribution significative aux nombreux succès du cinéma québécois des dernières années en mettant sur pied, en 1999, un programme en vertu duquel elle injecte chaque année dans l’industrie une valeur de quatre millions de dollars incluant des investissements directs et des appuis de toute sorte. Radio-Canada intervient en particulier aux stades cruciaux du développement des projets, puis de leur mise en marché, apportant, au-delà de l’argent, la richesse de son expertise largement reconnue.   

Au cours des dernières années, la Télévision de Radio-Canada a procédé à un exercice de repositionnement qui lui a permis de mettre un terme à une inquiétante érosion de son auditoire et même de reprendre quelques parts de marché. Dans le cours de cet exercice, on a notamment repensé et modernisé un habillage d’antenne devenu désuet et développé des solutions innovatrices en matière d’intégration des messages commerciaux. La Télévision de Radio-Canada a également posé des choix audacieux en termes de dramatiques et de variétés qui lui ont valu quelques grands succès d’écoute comme l’adaptation canadienne de Tout le monde en parle.   

Il y a cependant eu un prix à payer pour ce nécessaire repositionnement en termes de perception, dans la mesure où on a peut-être donné l’impression que cette évolution remettait en cause certaines priorités de service public. Cela confirme d’ailleurs l’importance fondamentale d’enraciner notre positionnement comme service public, en rappelant à quel point la Télévision de Radio-Canada se distingue. Tout en renforçant son mandat culturel et en insistant sur le caractère distinctif de son offre en information, Radio-Canada doit résolument conserver son caractère généraliste et sa capacité d’atteindre le grand public sur une base régulière. C’est une exigence de pertinence, mais c’est aussi une condition incontournable de fonctionnement dans la mesure où le tiers du financement de notre télévision est tributaire des revenus publicitaires. 

Il est aussi important de mentionner que la Télévision de Radio-Canada opère une chaîne spécialisée d’information continue en ondes 24 heures sur 24. RDI, notre Réseau de l’information, est le chef de file incontesté dans son secteur et une véritable référence pour les citoyens dès que des événements d’importance mobilisent l’attention générale au Canada et dans le monde.   

Radio-Canada est également fière d’être actionnaire majoritaire d’ARTV, la seule chaîne culturelle de notre marché de la télévision. Incidemment, comme son nom l’indique, ARTV compte la chaîne franco-allemande ARTE parmi ses partenaires. C’est grâce à l’obstination de la direction de Radio-Canada à l’époque, qui a fait appel d’une décision défavorable, que cette chaîne a pu voir le jour. Le fait qu’il a fallu livrer une lutte épique pour l’obtenir me paraît assez révélateur du contexte où rien n’est acquis au diffuseur public.   

Il y a un autre service qui a pris beaucoup d’importance au cours des dernières années et qui me tient à cœur dans la mesure où j’ai été associé de près à sa naissance et à son développement, c’est celui des nouveaux médias et en particulier du site Web, Radio-Canada.ca, qui est le plus populaire des sites médias francophones au Canada et l’un des plus respectés, toutes catégories confondues.   

La radio et la télévision de Radio-Canada sont des générateurs et des véhicules de contenus à nuls autres pareils. La naissance de notre site Web nous a permis de rendre accessible un patrimoine exceptionnel tout en assurant un contact continu avec nos services d’information et nos médias. Il nous permet d’être accessibles aux citoyens où et quand ils ont besoin de nous.   

L’évolution du site Web montre clairement toute la force que peut générer la synergie des composantes d’un grand diffuseur public, et cet exemple va assurément nous inspirer dans la mesure où l’action concertée de nos composantes s’avère de plus en plus nécessaire dans le contexte de concurrence féroce dont j’ai parlé précédemment.  

Pour peu qu’elles soient soutenues par la volonté du milieu et par la détermination de nos artisans, ces orientations devraient permettre à Radio-Canada de jouer son rôle dans le développement et la promotion de la culture comme de la vie culturelle du Canada.   

Mais je tiens à l’affirmer sans détour : Radio-Canada, pas plus qu’aucun autre d’entre nous, ne peut prétendre seule au succès. Le temps est venu pour les radios et les télévisions de service public de transcender les frontières des États. Face à une culture dominante dont le pouvoir de séduction attire irrésistiblement les populations dans tous les coins du monde, il est impérieux de renforcer les alliances internationales entre ceux qui partagent tantôt une langue, tantôt une culture, tantôt un système de valeurs, ou tout simplement la volonté de préserver le caractère unique de leur identité.   

Dès les premières heures du XXIe siècle, de nouvelles réalités ont fondamentalement remis en cause le rôle et la mission des médias. Au lendemain du 11 septembre 2001, notre civilisation a été plongée dans la peur, dans l’incompréhension, dans toutes sortes de noirceurs et même dans une crise des vérités. Notre rôle ne pouvait alors se limiter à diffuser en rafale des images de tours qui s’effondrent ou de corps plongeant dans le vide… Nous avions la responsabilité d’expliquer, de créer un sens, de trouver des voies… Nous avions la responsabilité, avec nos concitoyens, de chercher résolument les chemins de la paix et de la compréhension entre les peuples.   

Le siècle, sans trop nous laisser souffler, nous impose d’autres défis, dont cette montée d’une culture unique qui ne laisserait d’autres choix aux cultures régionales et nationales que de s’assimiler ou de s’éclipser. L’enjeu majeur de la défense des identités interpelle donc les médias publics qui ont plus que jamais la responsabilité de combattre ensemble les tentatives d’imposition d’une culture unique dans les mains d’un État ou de quelques entreprises.   

Pour compliquer notre tâche, ce début de siècle semble se caractériser, dans presque tous les pays, par un désintéressement des citoyens face à la chose publique et aux grands enjeux qui les concernent. En tant que médias de masse, nous devons accepter notre part de responsabilité, mais surtout redoubler de créativité pour créer des tribunes, des débats, des rencontres qui sont la marque d’une démocratie vivante, passionnée, adulte et surtout… active.   

Ce siècle naissant qui abolit les frontières entraîne aussi des modifications dans le tissu démographique des États, en particulier dans les pays du Nord. Montréal est aujourd’hui une grande ville multiculturelle. Sa cohésion, sa culture et sa réalité quotidienne s’expriment désormais à travers des consciences culturelles très diverses. Les récents événements qui ont frappé la région parisienne et d’autres grandes villes de France nous rappellent une évidence : la cohabitation des cultures et des peuples n’entraîne pas « nécessairement » une meilleure compréhension entre les citoyens. Les médias et en particulier les médias de service public ont ici aussi un défi incontournable et très urgent à relever : celui de favoriser la cohabitation culturelle des gens.   

Si je vous parle ainsi des défis sociaux de notre époque, ce n’est pas pour détourner notre attention des discussions qui s’imposent entre nous sur les défis technologiques, économiques ou réglementaires auxquels nous sommes confrontés, mais pour rappeler, comme le disait Dominique Wolton dans son ouvrage Il faut sauver la communication, que « derrière les réseaux et les satellites, il y a des hommes et des sociétés, des cultures et des civilisations. Cela change tout et explique l’importance et la complexité de la communication qui est bien autre chose que du marketing ou de la manipulation. »   

C’est dans cet esprit qu’il est impératif d’apprendre à mieux collaborer. Même quand nous parlons la même langue, il est nécessaire d’élaborer des stratégies pour mettre en commun les richesses d’une grande variété d’expériences et de traditions. Je crois d’ailleurs qu’il y va à plus ou moins long terme de notre propre identité.   

Nos grandes villes sont désormais des creusets où toutes les cultures se rencontrent et les nouvelles technologies nous transportent instantanément aux quatre coins du monde. L’ouverture est la seule attitude possible dans ce contexte, la seule qui soit porteuse d’espoir et d’avenir. En prenant conscience de la multiplicité des façons de penser le monde, de le montrer ou de le chanter, on en vient inévitablement à réaliser la dimension réductrice, voire même la pauvreté d’une culture dominante fermée sur elle-même. Il faut créer des passerelles. Lors de la naissance de notre chaîne Espace musique, nous avons choisi de consacrer 18 heures par semaine aux musiques du monde, soutenues par d’importants compléments d’information sur notre site Internet. C’est l’une des particularités qui a permis à notre nouveau réseau de se singulariser dans son marché, et son succès est à ce titre très encourageant.  

Les succès incontestables de TV5 ont montré comment les télévisions d’un espace linguistique pouvaient se doter d’un moyen privilégié pour mettre en place, en quelque sorte, un marché commun médiatique, mais aussi pour rendre la culture française accessible d’un bout à l’autre du monde. La communauté des radios francophones publiques est depuis longtemps un instrument privilégié de coopération culturelle et musicale et je considère que le travail du CIRTEF est absolument irremplaçable dans la mesure où il contribue à rapprocher les diffuseurs publics du monde entier. 

 Il y a quelques jours, nous avons vécu une expérience qui montre bien le potentiel rassembleur des diffuseurs publics. Soulignant le 50e anniversaire des Radios francophones publiques, la grande émission spéciale Le français qu’on aime a été diffusée simultanément sur les ondes des premières chaînes de Radio-France, de la Radio suisse romande, de la RTBF en Belgique et de Radio-Canada. Les auditeurs des quatre pays ont eu l’occasion de témoigner de leur attachement à notre langue et de partager leurs préoccupations sur son avenir tout en participant à un grand sondage sur la question.   

De telles expériences sont exaltantes, mais il nous faut décupler nos efforts face au déploiement actuel de nouveaux moyens de communications largement contrôlés par peu de joueurs et face à l’intégration progressive des médias privés au sein d’ensembles aux ramifications tentaculaires. Il nous faut notamment accentuer notre ouverture aux pays du Sud, mieux comprendre les problématiques auxquelles chacun est confronté. C’est une affirmation paradoxale mais irréfutable : il faut s’ouvrir au partage si l’on veut conserver son identité.   

Si je vous ai parlé des valeurs qui nous rassemblent et qui définissent les diffuseurs publics plutôt que de m’attarder sur les multiples formes que peut aujourd’hui prendre la concurrence, c’est que je suis absolument persuadé que la seule manière de faire face à la concurrence et de garantir notre avenir, c’est d’affirmer avec encore plus de force cette mission de service public qui nous distingue. En nous adressant à des citoyens plutôt qu’à des consommateurs, en contribuant à enrichir la démocratie et en favorisant la diffusion de notre culture à tous les niveaux, nous continuerons d’être en mesure de démontrer à la population qui paie pour ce service, qu’il s’agit d’un service essentiel.   

Je vous remercie de votre attention. 

Suggérer cette page