Des nouvelles de Radio-Canada

Allocutions

Radio-Canada, plus présente que jamais chez vous

22 janvier 2009 - Sherbrooke

Discours de Sylvain Lafrance, Vice-président principal de Radio-Canada, prononcé devant les membres de la Chambre de commerce de Sherbrooke.

J’aimerais d’abord vous remercier de me donner, merci Monsieur Bergeron, merci Monsieur … de me rĂ©inviter et de me donner la chance de vous parler. On est très fier, les gens de Radio-Canada, d’ĂŞtre ici, parce que c’est Ă  Sherbrooke pour nous une annĂ©e assez extraordinaire. On visitait ce matin, avec plusieurs personnes ici, nos futures installations de la Maison de Radio-Canada Ă  Sherbrooke, sur la King, et c’est beaucoup de fiertĂ© pour nous pour plusieurs raisons. Mais d’abord pour ceux qui, comme Louis Lalande et comme d’autres, suivent l’Ă©volution ici en Estrie depuis plusieurs annĂ©es.

Je me souviens qu’en 1995, il y avait eu d’immenses compressions Ă  Radio-Canada et c’Ă©tait très difficile. On avait fait une prĂ©sentation au Conseil d’administration en expliquant comment on allait couper des millions dans le budget de Radio-Canada, et il y avait un petit espace oĂą on disait, par contre, on va ouvrir une radio Ă  Trois-Rivières et Ă  Sherbrooke. Et lĂ  tout le monde avait dit, non c’est parce que lĂ  on cherche une façon de diminuer nos ressources, mais on disait oui, mais il y a une anomalie historique lĂ , il y a un truc qui ne se peut pas. C’est que notre radio n’avait pas pignon sur rue, ni Ă  Trois-Rivières ni Ă  Sherbrooke. Et on disait, peu importe la façon dont on prend le problème, peu importe ce qu’on va couper, il faudrait quand mĂŞme essayer de corriger une sorte d’anomalie que personne ne peut tout Ă  fait expliquer. Et on avait ouvert en 98 la Radio de Radio-Canada. Un peu plus tard en 2002, on avait repris le contrĂ´le de la salle des nouvelles, qui Ă©tait Ă  l’Ă©poque la salle des nouvelles de TQS, mais les employĂ©s de la salle des nouvelles Ă©taient redevenus des employĂ©s de Radio-Canada.

Donc, on amĂ©liorait encore un peu notre prĂ©sence et, en 2008, on annonçait donc la dĂ©saffiliation de Radio-Canada du groupe TQS Cogeco en Estrie, parce que, Ă  ce moment-lĂ , nous Ă©tions très volontairement et très rĂ©solument entrĂ©s dans une stratĂ©gie d’intĂ©gration de nos services radio-tĂ©lĂ©-web et on se disait, il y a quand mĂŞme quelque chose qui n’a pas de bon sens et c’est pas parce qu’on avait des problèmes avec nos amis de Cogeco, c’est que nous, on essaie d’intĂ©grer notre radio, notre tĂ©lĂ© et le web; on n’essaie pas d’intĂ©grer notre tĂ©lĂ© avec Rythme FM. Alors lĂ , ça ne marche pas, ça ne pouvait plus marcher Ă  partir de lĂ . Et donc, on a fait la dĂ©saffiliation et, aujourd’hui, on Ă©tait très heureux de se promener dans ce qui sera bientĂ´t la Maison de Radio-Canada en Estrie.

Ce n’est dĂ©jĂ  plus un chantier, c’est dĂ©jĂ  une grande salle des nouvelles, et quand on va l’ouvrir en septembre prochain ça va ĂŞtre la plus moderne de toutes nos installations et ça va ĂŞtre vraiment un mĂ©dia du XXIe siècle avec tout ce que ça comporte, radio, tĂ©lĂ©, web et l’ensemble des plateformes qui sont celles que les citoyens utilisent aujourd’hui. Et lĂ -dessus, c’est un exemple extraordinaire pour nous, c’est un laboratoire extraordinaire que StĂ©phane Laberge et son Ă©quipe sont en train de monter ici Ă  Sherbrooke et c’est une grande fiertĂ© pour nous. Cette question-lĂ  d’ĂŞtre prĂ©sent Ă  Sherbrooke, d’ĂŞtre prĂ©sent Ă  Trois-Rivières, d’ĂŞtre prĂ©sent au Saguenay, dans les rĂ©gions, on Ă©tait moins prĂ©sent Ă  la tĂ©lĂ©. La tĂ©lĂ© est extrĂŞmement importante, parce qu’elle touche quelque chose qui est non seulement au cĹ“ur du mandat du diffuseur public, mais qui est un des problèmes les plus criants actuellement dans le monde, dans l’Ă©volution  du monde des communications.

Quand on regarde Ă©voluer le monde des communications en gros, d’abord sur le plan technologique avec les nouveaux outils de diffusion qui se dĂ©veloppent et les outils satellitaires ou câblos, le mobile, tout ce qui se dĂ©veloppe, la mondialisation de certaines frĂ©quences et de certaines marques, il se passe quelque chose d’assez intĂ©ressant. Il se passe une bonne nouvelle, puis une mauvaise nouvelle pour ceux qui vivent en rĂ©gion. Encore que Sherbrooke est une rĂ©gion quand mĂŞme assez dense, c’est encore pas pire, mais si on vit en GaspĂ©sie, si on vit sur la CĂ´te-Nord, si on vit dans beaucoup des rĂ©gions du QuĂ©bec, l’opportunitĂ© extraordinaire, c’est que grâce aux satellites on a accès Ă  une multitude de services de tĂ©lĂ©.

On peut avoir accès Ă  150 chaĂ®nes de tĂ©lĂ© et voir de plus en plus de tĂ©lĂ©. C’est merveilleux. Le problème, c’est qu’on se voit de moins en moins dedans et que, effectivement, les contenus rĂ©gionaux, les identitĂ©s rĂ©gionales se voient de moins en moins dans ces tĂ©lĂ©s-lĂ  et mĂŞme dans ces radios-lĂ . Et ça, c’est un immense problème. Imaginez l’histoire d’un homme qui se lève chaque matin et qui, un matin en se levant, se regarde dans le miroir et voit un autre que lui quand il se regarde dans le miroir. Il ne se reconnaĂ®t pas, il voit quelqu’un d’autre. Le premier matin, ça Ă©tonne. Après une semaine, ça dĂ©courage. Un peu après trois semaines, on perd complètement son identitĂ©, on n’est plus capable de se reconnaĂ®tre, on n’est plus capable d’avoir une personnalitĂ© qui a du sens. Et ça, c’est un enjeu majeur du monde des mĂ©dias actuellement. Il faut absolument que tous les pouvoirs publics, que les instances rĂ©glementaires, que les diffuseurs comprennent que la sauvegarde des identitĂ©s rĂ©gionales dans un pays comme le nĂ´tre c’est fondamental pour qu’il existe quelque chose comme une nation. Et pour nous, comme diffuseur public, on pense que c’est au cĹ“ur de notre mandat de s’assurer de la force des identitĂ©s rĂ©gionales. Et on va le faire avec la force et tous les outils qui sont ceux du XXIe siècle pour s’assurer que les gens puissent encore se reconnaĂ®tre et que les gens de l’ensemble du territoire puissent participer Ă  l’ensemble des dĂ©cisions pour la construction non seulement d’une nation, mais d’une planète.

Aujourd’hui, eh bien, on essaie de construire ensemble. Et sans l’existence d’identitĂ© rĂ©gionale forte, on ne construira pas une planète qui a du sens. Alors dans notre esprit, c’est très important et c’est au cĹ“ur de notre mission de faire ça. Et ça se fait dans un mode, dans un contexte, qui pour nous est très important. Et si j’avais deux mots que je voulais que vous reteniez aujourd’hui lĂ  par rapport Ă  toute la stratĂ©gie de Radio-Canada, ça serait peut-ĂŞtre quelque chose comme mĂ©dia global. Radio-Canada est de plus en plus un mĂ©dia global.

On a parlĂ© depuis dix quinze ans beaucoup de la question de la convergence, de la question de l’intĂ©gration des services, des technologies qui se rapprochent les unes des autres. Il faut aller aujourd’hui beaucoup plus loin que ça. Il faut penser dans le sens des actions d’un diffuseur public de façon globale, pour s’assurer que l’ensemble de notre stratĂ©gie, quel que soit le secteur oĂą on agit, que l’ensemble, que notre stratĂ©gie vienne accomplir ce qui est l’objectif fondamental de l’existence d’un diffuseur public : amĂ©liorer la vie dĂ©mocratique et culturelle des citoyens.

Et moi, ça me semble extrĂŞmement important. Ça vient d’un grand rĂŞve de diffusion publique. Il y a cinq ou six personnes en 1934, 35, qui sont ici au Canada et qui se sont mis Ă  rĂŞver d’un mĂ©dia citoyen. Ils voyaient naĂ®tre la radio, puis ils se disaient, si on ne fait pas attention, ça va juste ĂŞtre commercial?. Nous autres, on va vendre l’idĂ©e que la radio, ça appartient au monde, et on va crĂ©er un grand truc qui va s’appeler la radio publique, et ça a donnĂ© naissance Ă  la SociĂ©tĂ© Radio-Canada en 1936. C’est parti d’un rĂŞve, qui est quasi un rĂŞve de radio communautaire.

En tout cas, c’est un rĂŞve de radio citoyenne, et encore aujourd’hui, l’ADN de ceux qui ont construit Radio-Canada depuis 73 ans, c’est un ADN citoyen, c’est de s’assurer qu’on est en train effectivement d’amĂ©liorer la vie dĂ©mocratique et culturelle de nos citoyens dans toutes les sphères de la sociĂ©tĂ©.

Alors, quand on pense globalement pour nous, ça veut dire que l’ensemble des activitĂ©s qu’on va faire, que ce soit en information, que ce soit en culture, que ce soit dans les rĂ©gions, que ce soit en musique, que ce soit en jeunesse, vont ĂŞtre pensĂ©es de façon globale pour que l’action du diffuseur public atteigne la raison pour laquelle elle a Ă©tĂ© créée. Et pour nous, c’est extrĂŞmement important cette question-lĂ . Penser global d’abord sur le plan du contenu, ça veut dire quoi, ça veut dire que dans l’ensemble de ce qu’on dĂ©veloppe, on essaie de crĂ©er un Ă©quilibre de services publics. Et lĂ -dessus, il faut faire toujours attention nous Ă  ne pas laisser dĂ©finir le service public par ceux qui lui veulent du mal. Il y a beaucoup de gens qui voudraient dĂ©finir le service public en disant ce qu’on ne fera pas. On ne fera pas de sport professionnel, on ne fera pas d’Ă©missions populaires, on ne fera pas d’Ă©missions Ă©trangères, le service public ne devrait pas faire ceci pour ne pas faire cela, le service public ne devrait pas ĂŞtre prĂ©sent lĂ  oĂą le privĂ© est prĂ©sent. C’est toujours suspect de vouloir dĂ©finir une organisation Ă  partir de ce qu’elle ne fera pas. Et je pense que le mobile est un peu dangereux quand on fait ça.

Moi, je pense que le service public doit ĂŞtre prĂ©sent partout dans toutes les sphères d’activitĂ©s Ă©conomiques, dans toutes les sphères de l’activitĂ© culturelle. Partout oĂą on a Ă  travailler pour amĂ©liorer la vie de nos concitoyens, on doit ĂŞtre prĂ©sent. Si c’est le rĂ´le du service public que de prĂ©senter les meilleures crĂ©ations dramatiques dans le monde, il faut qu’on le fasse. Puis si c’est le rĂ´le du service public que de prĂ©senter les Olympiques parce que ce qu’ils font les athlètes Canadiens c’est important, eh bien, il faut qu’on le fasse. Il faut dĂ©finir le service public Ă  partir de son action, pas Ă  partir de ce qu’il ne fera pas. Et ça, c’est fondamental. Et il faut penser nos contenus pour ĂŞtre sĂ»rs que, pour chaque citoyen canadien, on a une signification. Est-ce que Radio-Canada peut ĂŞtre tout pour tout le monde? Oui, mais pas sur toutes les plateformes en mĂŞme temps et pas Ă  chaque heure du jour et de la nuit.

Alors oui, on peut ĂŞtre pas mal de choses pour pas mal de monde, et on est pas mal de choses pour pas mal de monde. Quand on regarde aujourd’hui les grilles du service public en radio, en tĂ©lĂ©, quand on regarde les services web, souvent on a dit, hey avant Radio-Canada, c’Ă©tait grandiose, il y en avait des bonnes Ă©missions Ă  Radio-Canada dans le temps. Il y avait Le théâtre Alcan, ça c’Ă©tait quelque chose quand Radio-Canada faisait Le théâtre Alcan. Les gens ont une mĂ©moire extrĂŞmement sĂ©lective dans le monde des mĂ©dias, parce que oui, on a fait Le théâtre Alcan pendant plusieurs annĂ©es et pendant qu’on faisait Le théâtre Alcan, les dramatiques que vous regardiez sur l’antenne de Radio-Canada s’appelaient Marcus Welby, La petite maison dans la prairie, Jenny, Ma sorcière bien-aimĂ©e. Aujourd’hui, ça s’appelle Providence, ça s’appelle Sophie Paquin, ça s’appelle Les Boys, ça s’appelle L’Auberge du chien noir, ça s’appelle Tout sur moi, et c’est Ă©crit par des auteurs de chez nous, avec des comĂ©diens de chez nous, des crĂ©ateurs de chez nous, et des producteurs de chez nous. On ne fait plus Le théâtre Alcan, on fait de la dramatique tĂ©lĂ© aujourd’hui.

C’est une immense avance… En matière d’affaires publiques, on n’a jamais eu autant d’heures d’affaires publiques Ă  l’antenne de la tĂ©lĂ©vision publique qu’on en a aujourd’hui. Bien oui, on faisait Point de mire, aujourd’hui on fait Une heure sur terre, aujourd’hui on a des correspondants partout dans le monde. Jamais Radio-Canada n’a Ă©tĂ© aussi distinctive qu’aujourd’hui, jamais dans son histoire. En radio c’est pareil. LĂ , les gens disent, ah la radio dans le temps… Il y avaitdes shows. C’Ă©tait extraordinaire Les joyeux troubadours. Tapez-vous une demie-heure des Joyeux troubadours un jour, ressortez-les sinon on va le faire. C’Ă©tait une extraordinaire Ă©mission des annĂ©es 60 dans un QuĂ©bec qui se rĂ©veillait, mais il faut se rappeler que c’Ă©tait fait, c’Ă©tait une Ă©mission d’humour pour les mĂ©nagères Ă  la maison, commanditĂ©e par les pastilles Valda. Il faut se rappeler que c’Ă©tait une radio commerciale.

Et je me dis, je n’en reviens pas parfois qu’on ait cette mĂ©moire si sĂ©lective de ce qu’est Radio-Canada. Alors je le dis pour dire que global ça veut dire qu’on ne doit pas se laisser sortir de nos orientations, parce que beaucoup de gens voudraient que Radio-Canada soit moins prĂ©sente pour les Canadiens pour des raisons tout Ă  fait suspectes. Pour moi, ça veut dire qu’on va ĂŞtre prĂ©sent pour les Canadiens partout oĂą on pense qu’on peut amĂ©liorer la vie dĂ©mocratique, partout oĂą on pense qu’on peut amĂ©liorer la vie culturelle, partout oĂą on pense qu’on peut amĂ©liorer la crĂ©ation. Parfois, certaines Ă©missions vont faire jaser plus que d’autres, parfois on va faire des erreurs aussi, parfois on va le reconnaĂ®tre, puis parfois on va continuer d’ĂŞtre une tĂ©lĂ©vision, puis une radio d’audace, de crĂ©ation. Et ça, pour moi, c’est important dans un pays comme le nĂ´tre d’avoir un service public qui continue comme ça de faire preuve d’audace en dehors des raisons commerciales, pour s’assurer que la crĂ©ation de la dĂ©mocratie demeure un grand objectif citoyen. Donc, global d’abord sur le plan du contenu ça veut un peu dire ça.

Global, deuxièmement, sur le plan de la technologie, parce qu’aujourd’hui les technologies par lesquelles on diffuse ont bien changĂ©. Aujourd’hui, vous pouvez avoir accès Ă  de l’information sur toutes sortes de supports. C’est extrĂŞmement important que le diffuseur public permette au Canada d’entrer dans l’ère numĂ©rique et permette aux citoyens canadiens effectivement d’aller regarder des produits, d’aller regarder des nouvelles sur les supports qu’ils dĂ©cident bien d’utiliser.

Alors oui, il faut qu’on soit prĂ©sent Ă  la tĂ©lĂ©vision, il faut qu’on soit de plus en plus prĂ©sent sur les chaĂ®nes spĂ©cialisĂ©es. Il faut qu’on soit Ă©normĂ©ment prĂ©sent Ă  la radio, Ă  la radio satellitaire, Ă©normĂ©ment prĂ©sent sur le web, Ă©normĂ©ment prĂ©sent sur le mobile, et lĂ -dessus je suis très fier que l’installation ici Ă  Sherbrooke sur la rue King soit maintenant une installation complètement prĂŞte pour le XXIe siècle, totalement numĂ©rique, totalement prĂŞte pour la diffusion HD, totalement prĂŞte pour la production HD, le jour oĂą on va dĂ©cider de le faire. On a ici une organisation, une installation de pointe Ă  Sherbrooke qui garantit qu’Ă  Sherbrooke il va se faire de la tĂ©lĂ©vision, puis de la radio, puis des mĂ©dias du XXIe siècle dans les prochaines annĂ©es.

Et ça, on est très fier de ça, et c’est ce qui doit se passer partout au pays, parce que c’est le rĂ´le du diffuseur public aussi de s’assurer que l’ensemble de ces supports-lĂ  vont ĂŞtre accessibles aux Canadiens, et non seulement qu’ils soient accessibles aux Canadiens, mais qu’ils soient accessibles avec du contenu, puis de la crĂ©ation qui sont faits par nous, puis qui sont pensĂ©s par nos crĂ©ateurs, qui racontent nos histoires et notre vision du monde. Et c’est ça le service public, et c’est extrĂŞmement important. Ça aussi globalement, il faut le penser globalement pour que ça marche. Donc, global sur le plan du contenu, global sur le plan de la technologie, et finalement global sur le plan du rassemblement citoyen, de la dĂ©mocratie citoyenne.

Les mĂ©dias ont bien changĂ©. Aujourd’hui les gens ont bien des façons d’intervenir sur les mĂ©dias. Ils veulent intervenir dans le monde des mĂ©dias. Quand Radio-Canada fait une erreur, ils nous le disent, ils nous le disent beaucoup maintenant. Ils ont beaucoup de moyens pour nous le dire, et c’est merveilleux. Il y a Facebook, il y a Internet, il y a tout ça, et moi, quand on fait une erreur et que les gens se lèvent pour nous le dire – mais j’en tiens quand mĂŞme quelque chose d’extrĂŞmement positif –, c’est que les gens comprennent très bien ce qu’est le service public. Ils comprennent, ils comprennent très bien que c’est leur projet citoyen. Ils ne nous permettent pas de faire des erreurs, et c’est merveilleux que ce soit comme ça, parce qu’ils font confiance Ă  notre marque. Et quand ils font confiance Ă  notre marque comme ça, il ne faut pas le voir comme quelque chose de nĂ©gatif. Il faut qu’on entende, qu’on apprenne, puis qu’on recommence, puis qu’on fasse mieux la prochaine fois.

Et cette intĂ©gration-lĂ  des citoyens dans le grand projet collectif du service public devient un des grands dĂ©fis du XXIe siècle. Les citoyens veulent participer Ă  dĂ©finir qui seront nos artistes, qui seront nos crĂ©ateurs, comment ça va se faire, qu’est-ce que c’est une bonne dramatique. MĂŞme dans les bulletins de nouvelles, ils veulent nous dire ce qu’ils veulent comme information. Il faut l’entendre, on doit demeurer nous des interprètes de l’actualitĂ©. On doit avoir notre propre lecture, mais il faut permettre aujourd’hui aux citoyens de nous dire ce qu’ils veulent aussi. Parce qu’ils ne sont plus des tĂ©lĂ©spectateurs ou des auditeurs passifs devant ce qu’on leur donne. Et ça, nous on doit devoir apprendre Ă  le faire, on va devoir rencontrer beaucoup plus les gens. Et encore une fois, notre installation de Sherbrooke est situĂ©e au centre de la ville, elle n’est pas dans le parc industriel, sur la rue King, au centre de la ville, parce que c’est lĂ  que doivent vivre les mĂ©dias.

Un mĂ©dia, c’est une immense place publique, particulièrement un mĂ©dia comme Radio-Canada. C’est comme les immenses places publiques du Moyen-Ă‚ge, oĂą il y avait des grands discours, des saltimbanques, des artistes qui se promenaient, puis on descendait sur la place publique pour entendre vivre la citĂ©. Et c’est ça le service public, et c’est ce que ça doit ĂŞtre de plus en plus. Donc, il faut ĂŞtre global sur le plan de la participation citoyenne et sur le plan de la dĂ©mocratie citoyenne pour s’assurer que Radio-Canada n’oublie jamais ses racines de mĂ©dia citoyen.

Parce que ça, c’est fondamental. Et ça veut dire aussi cette participation citoyenne lĂ , qu’on fait place Ă  toutes les diversitĂ©s. DiversitĂ©s culturelles naturellement, diversitĂ©s d’opinions absolument, mais aussi la diversitĂ© territoriale, parce que ĂŞtre capable de reflĂ©ter chacune des rĂ©gions du pays, et Ă  la limite chacune des rĂ©gions du monde, ça fait partie de la façon dont on communique aujourd’hui au XXIe siècle, et la façon dont les citoyens veulent que soit organisĂ© les mĂ©dias. Et si on a cette immense responsabilitĂ©-lĂ  d’ĂŞtre l’outil de toutes les diversitĂ©s.

Et c’est un immense mandat, c’est un mandat extrĂŞmement complexe, mais c’est un mandat qu’on fait avec beaucoup de fiertĂ©, parce que, encore une fois depuis 30 ans, j’en ai vu des gens qui n’étaient pas contents de certaines de nos dĂ©cisions, j’en ai vu des gens parfois dans les rĂ©gions, quand il y avait des compressions, Ă©coute, on en a vu beaucoup. Et personnellement, j’ai toujours vu dans ça une grande passion par rapport Ă  l’idĂ©e d’une radio, d’une tĂ©lĂ©vision citoyenne, et pour moi c’est un message extrĂŞmement positif qu’on nous envoie aussi dans ce temps-lĂ , parce qu’on tient au service public et on comprend la diffĂ©rence du service public pour crĂ©er vĂ©ritablement dans un pays comme le nĂ´tre la dĂ©mocratie, la culture. L’annĂ©e qui vient ne sera pas facile pour nous, parce que d’abord, c’est une annĂ©e de CRTC, oĂą on va se prĂ©senter bientĂ´t devant le CRTC pour dire ce que seront nos projets pour sept ans, sept ans dans le monde des mĂ©dias c’est l’Ă©quivalent de trois siècles, mais on va devoir aller dire au CRTC ce qu’on va faire pour les prochaines annĂ©es.

On a de nombreux projets pour enrichir encore le service aux Canadiens, mais on va devoir aller le faire, on va devoir avoir beaucoup de support dans l’ensemble des gens qui croient au service public. Les gens d’ailleurs qui ont créé le service public Ă  l’inauguration de Radio-Canada en 1936, les penseurs du service public, ils avaient dit, vous savez nous on a travaillĂ© des annĂ©es pour mettre sur pied le service public, vous allez passer votre vie Ă  le dĂ©fendre.

Mais pour ceux qui y croient effectivement, cette annĂ©e ça va ĂŞtre un peu le temps, parce qu’on se prĂ©sente devant le CRTC et on va avoir besoin de tous les amis du service public pour bien dire que ce service public-lĂ  est lĂ  pour rester, qu’il va jouer au XXIe siècle un rĂ´le plus important, si ça se trouve, que le rĂ´le qu’il a jouĂ© au XXe siècle. Donc, c’est une annĂ©e de CRTC, c’est une grosse annĂ©e pour nous. Deuxièmement, c’est une annĂ©e Ă©conomique qui est difficile. Je pense qu’à la Chambre de commerce, vous avez sans doute entendu parler de la crise financière. Ça nous atteint aussi parce que, au-delĂ  du fait qu’on a effectivement, qu’on bĂ©nĂ©ficie de l’argent public, 40 % de l’ensemble des revenus de Radio-Canada sont liĂ©s Ă  des activitĂ©s commerciales de diffĂ©rentes natures, c’est beaucoup. Et on est extrĂŞmement touchĂ© par la crise financière, et on va donc avoir une annĂ©e difficile Ă  passer ou deux annĂ©es difficiles Ă  passer. On espère que ça va quand mĂŞme finir, qu’on va s’en sortir et qu’il y a une lumière au bout du tunnel, on pense que oui. L’important pour nous c’est qu’on connaisse très bien l’objectif, qu’on dĂ©finisse très bien ce qu’est cette lumière au bout du tunnel, et qu’on sache une chose, c’est qu’Ă  la fin de cette pĂ©riode-lĂ , on va se relever, puis on va offrir aux Canadiens un vĂ©ritable mĂ©dia global du XXIe siècle, pour favoriser la vie dĂ©mocratique et culturelle, et s’assurer que les rĂ©gions, que les citoyens canadiens, fassent entendre leurs voix, non seulement ici, mais partout dans le monde. Parce que ça, c’est notre job. On doit continuer de le faire, et on va le faire avec beaucoup de fiertĂ©.

Donc, encore une fois, c’est avec beaucoup de fiertĂ© qu’on va signaler en septembre l’ouverture de nos installations Ă  Sherbrooke. Sherbrooke c’est la première de trois, dans le fond, qu’on fait dans les prochaines annĂ©es. Trois-Rivières, en 2010, Saguenay vers la fin 2010. J’espère que tout le monde va ĂŞtre lĂ  pour cĂ©lĂ©brer en septembre l’ouverture de cette Maison de Radio-Canada Ă  Sherbrooke, parce que c’est un grand moment. On va apporter ici effectivement toute notre rĂ©flexion globale sur le rĂ´le de Radio-Canada, non seulement pour promouvoir l’information, non seulement pour promouvoir les activitĂ©s culturelles, mais pour promouvoir nos artistes, nos crĂ©ateurs, nos musiciens, nos scientifiques.

On remettait hier le prix du scientifique de l’annĂ©e, qui est toujours un prix extraordinaire Ă©mis par Radio-Canada, pour promouvoir l’ensemble de ceux et celles qui font que le monde est un peu plus beau aujourd’hui qu’il l’Ă©tait hier. Et notre rĂ´le, ça va ĂŞtre de vous raconter ces histoires-lĂ . On est des conteurs d’histoires nous, alors notre rĂ´le, ça va ĂŞtre de vous conter ces histoires-lĂ . Et je termine simplement en vous disant que notre engagement, c’est que, comme on l’a fait depuis 75 ans, on va continuer Ă  le faire au XXIe siècle avec toute la passion qui est celle des crĂ©ateurs de Radio-Canada. Et je suis absolument convaincu que le rĂ´le qu’on va jouer au XXIe siècle pour la dĂ©mocratie et la culture va ĂŞtre encore plus fondamental et plus important que celui qu’on a jouĂ© au XXe siècle, parce que le monde est plus compliquĂ©, et qu’on a besoin de le comprendre. LĂ -dessus, je vous remercie beaucoup de m’avoir Ă©coutĂ©. Je pense qu’on a une pĂ©riode de questions.

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